FRANCOIS RÉAU
PEINTRE PLASTICIEN
Une recherche permanente entre le fond et la forme, l'espace traité pour lui-même, la question essentielle de la mise en image d'une « sensation », tels sont les axes dans lesquels mon travail s'inscrit. J'interroge ce « quelque chose » d'identique que nous avons en commun, qui n'est pas semblable, mais que nous partageons tous… Comment le ressaisir, alors que cela nous échappe sans cesse, dès que nous pensons ce que nous ressentons ou voyons ?
Une frontière comme espace de transition.
Qu'est-ce qu'une frontière ? Une frontière est une ligne, abstraite puisque invisible. La frontière comme le point de transition, le couloir où s'échangent des univers, des cultures, des points de vue... Le fond n'est pas seulement qu'un simple contenant, mais il peut être aussi un espace de « transition » entre ce qui existe et ce qui le fait exister. Aussi, je cherche à ce que mes toiles soient un espace de questionnement et de méditation, « où le sens qu'on leur prête peut se faire et se défaire », qu'elles puissent provoquer une force d'attraction pour le spectateur et qui « entraîne son intériorité dans une émotion pensante ».
Je reste très attaché à l'importance de la lumière, elle prend forme à travers différents visages ou spectres. Tantôt froide, opalescente, chaude ou ambrée, elle peut vivre de plusieurs façons. L'obscurité quant à elle, se matérialise par une frontière ou une forme, qui fait naître sur le support une zone de démarcation ou de partage. Les éléments et matériaux se mélangent aux phénomènes de lumière, et en même temps que cette « frontière » donne un aspect équilibré à l'ensemble, elle partage l'œuvre. Une partie de la surface peinte s'impose par la présence de la lumière qui continue à se fondre, à couler et à diriger le regard du spectateur vers les tons foncés ou plus profonds.
Quand la couleur nous échappe…
« La couleur n'a pas plus vertus que la ligne ou la forme mais elle nous échappe davantage, car nous la maîtrisons moins. Nous pensons pouvoir nous saisir des objets en les cernant, les maîtriser en les dessinant, alors que la couleur pour sa part ne se saisit pas, c'est elle qui se saisit de nous car nous la recevons ». Par l'utilisation de matériaux variés, pour certains d'éternellement mouvants comme le sable, je crée des mini-reliefs, des entailles, des sillons dans la matière picturale qui doublent dans certains cas, le tracé des formes réalisées aux crayons ou à la peinture. Le but recherché étant d'évoquer des jeux de lumière et de couleurs, qui sous-entendent le mouvement perpétuel de l'univers, mais aussi de faire référence aux surfaces anciennes, usées, porteuses d'histoire.
La gestuelle parfois violente ou « automatique » confère à l'espace pictural la sensation d'un mouvement incessant. Comme un battement de pouls, un flux permanent ou une vibration. Parallèlement cela me permet de développer un « style palimpseste », fondé sur la trace laissée visible de la genèse du travail (repentirs, grattages, effacements, recouvrements...), et qui se construit par destructions et reconstructions successives.
Quelques mots en guise d'ancrage.
L'ancrage désigne la difficulté à se départir d'une première impression. En PNL (Programmation neuro-linguistique) il s'agit d'un processus qui associe inconsciemment et automatiquement une réaction interne à un stimulus extérieur. Nous mémorisons ces liens et créons ainsi ce que l'on appelle des « ancres ». Ainsi, à travers certaines toiles, je souhaite m'adresser directement au spectateur avec des mots ou des fragments de phrases inscrits sur la toile, comme « Spin out » (Faire durer), ou encore « A shape on you » (Une forme sur vous…).
Les mots procurent « un ancrage où les qualités purement plastiques sont niées, introduisant une contradiction visuelle ou peut-être une solution dans certains cas ». Bien que mon travail ne soit pas une image fidèle de ce qui nous entoure, je tente de décrire une autre réalité et essaie d'atteindre ce que nous ne pouvons pas voir autrement. Comme la (re)présentation d'un moment, d'un souvenir, ou d'une sensation et dont la signification peut être masquée, mais qui se matérialise sur la surface peinte.
François Réau. 2008
