badam
Get these monsters out of my head
« Je suis né en avril, entre les brumes du cinquantenaire et les bronzes du square Ambiorix. En bref, dans la jungle. Il ny avait pas de musique ce jour-là, ou peut-être quelques croches lancées par un merle repu. Pourtant, les couleurs sonnaient déjà. Et « cest tôt pour la saison », ma dit, bien plus tard, le bonhomme au chapeau melon. Jai pris le bus, puis le métro. Aujourdhui je prends le train. Faut pas que joublie leau du bain qui coule. Cest pour abreuver mes pâturages. Hier, je rêvais que je flottais sur les sels du bain à bulles et me dissolvais comme un sirop de grenadine. Les flots me manquent pour raconter. Pour tout repas, jai lhabitude de manger un plat de traits, épais, sur un lit de lignes fluides, suivi dun émincé de serpentins et courbes soignées, mais pas de coquillages. Les fruits de mer, jen raffole pas. Tiens, je ne vous ai pas dit, mais je ne joue pas de violon. Quand jessaye je peine, alors je peins. Paraîtrait même que ça empêche le muguet de pousser
Au fond tout sexplique, mais cest pas le moment.
Il y a quelques temps.... des figures ont passé le pas de ma porte. Elles ne mont pas salué, elles sont là chez moi. Je ne my suis pas opposé. Jai pas dit non, alors elles ont pris place sur le papier de ma chambre, couchées. Quand je les réveille brusquement, elles se figent dans des expressions surprenantes. Cest alors que je prend le temps, place ma chaise à côté de ma tasse, chaude, molle et remplie et que je les regarde. Elles nont pas lair de me reconnaître, malgré quelles habitent là depuis un bail. Dailleurs, cest moi qui le paye celui-là! Pas plus tard que tantôt, une des poules est venu me picorer les orteils. Ils sont pas tous beaux à voir ces caractères, déformés. Quest-ce qui leur a pris de devenir si peu harmonieux ? Parfois lenfant qui sommeille en mon toit, apeuré, leurs redonne un peu de fraîcheur.
Il les arrose de jus de fraise au lait de vis, il parait que cest bon pour la peau. Et puis Jacadi. Moi, parfois je les déshabille. Les jours pudiques je leur laisse quand même la feuille de vigne. Il y en a qui une fois nus sécroulent, mais je suis pas maniaque et du coup ils restent tout tordus par terre. Cest étonnant. Le plus fou cest le quelquun qui ma demandé sil pouvait emporter un de ces corps ramollis. José. Jai pas dit oui tout de suite, on sattache quand même à la longue à ces choses là. Finalement, José est parti avec, après laccélération finale du tambour, juste avant que le rideau ne tombe. Rassurez vous je lai remplacé aussitôt ».
